Pigeon, sable et crustacé

Fripé par les années, aigri par la vie, Jean, courbé sur un banc, émiette son pain pour les pigeons du parc du Luxembourg. Il s’en fout un peu des pigeons, ils sont moches et un peu cons, mais ces rats à plumes sont les seuls qui veulent bien lui tenir compagnie. Et puis quand il pense, il aimerait bien, jean, pouvoir s’envoler quand il veut pour traverser la ville et s’enivrer des courants d’air. S’enivrer il sait faire, voler c’est autre chose. Jean se dit en ricanant qu’ils auraient bien du mal à voler eux aussi avec un coup dans l’aile. Une quinte de toux interrompt son hilarité naissante. Vexé, il imbibe de vin rouge un petit morceau de pain et le lance dans la masse grouillante de vermine ailée.

Dans la mêlée, il a de la chance, un gros morceau de pain lui tombe pratiquement dessus. D’un mouvement vif et précis il saisit le butin dans son bec et s’envole à la volée ; pas question de se faire piquer cette prise là. Le pain à l’air humide et a une odeur fétide mais il n’a pas de papille pour s’en formaliser et en deux coup de bec c’est maintenant un problème pour son jabot. C’est en survolant ce qu’il ignore être la gare de Port-Royal qu’il se rend compte qu’il a fait une erreur. Le monde tourne et ses ailes ne semblent plus vouloir coopérer. Il a besoin de toute sa concentration pour continuer de voleter pour trouver un perchoir de secours et ne pas finir dans une voiture comme tant d’autres volailles urbaines. Son moignon d’ergot à la patte gauche est un testament indélébile à la dangerosité des machines humaines, et pain empoisonné ou pas, il ne s’approchera plus jamais de ces étranges mur mobiles.

Dans une chambre d’étudiant du 13ème arrondissement de Paris, au dessus d’un bureau où l’enchevêtrement de notes de cours de physique, de manuels et de cables électroniques ne laisse libre que l’emprunte d’un ordinateur portable, prennent la poussière une myriade de post-it. Disposés au petit bonheur, on peut y lire « 5, 4, 3, 2, 1, GO », un peu plus haut sont griffonnés des mots en anglais, « Be Kind to yourself», « Just DO IT », « Ever tried. Ever failed. No matter. Try again. Fail again. Fail better. » Sur le sol jonché de vêtements, le dossier d’une chaise de bureau sert de crochet à un sac à main et à une serviette humide recouvrant la chemise de la veille. Sur l’assise, face au lit, un ordinateur portable diffuse une vidéo de méditation guidée.

Assise les jambes croisées sur la couverture, Alice est nue. Les yeux fermés et le visage serein, elle s’applique à compter ses respirations. Aujourd’hui, c’est le bon jour, à nouveau. Aujourd’hui, c’est à nouveau le début de sa nouvelle vie. À nouveau, aujourd’hui, elle va prendre soin d’elle et recommencer sa vie sur des bases saines. Finies les résolutions molles et la vie au jour le jour. Finis les retards en cours et les deadlines pas tenues. Finis la dépression et les pleurs seule dans son lit. Ce matin elle reprend sa vie en main. Elle s’est levée tôt, elle a pris une douche fraiche et elle commence un programme de méditation et de visualisation guidée. Elle inspire à nouveau. 5ème ou 6ème inspiration? « Merde. C’est pas grave, reprend toi ma grande, gentiment. » Elle se concentre à nouveau sur la voix nasillarde et pourtant étrangement relaxante de son programme de méditation. « Inspirez doucement, et expirez lentement. Imaginez l’océan, chaque inspiration est une vague qui s’approche, chaque expiration c’est la mer qui recule. » Alice inspire, essayant, probablement trop fort, d’imaginer les vagues, le sel et l’air iodé.

Immédiatement lui reviennent les souvenirs de l’été il y a deux ans, sur la plage à Iriomote. Une petite île au sud d’Okinawa tout au sud du Japon, où elle est allée avec Masashi. Le voyage célébrait la fin de sa maîtrise de physique et son acceptation en école doctorale, mais surtout c’était l’occasion de retrouver son amant, rentré chez lui un an plus tôt. La relation à longue distance battait déjà de l’aile depuis un moment et ce voyage était sensé les rapprocher. Le rapprochement avait échoué lamentablement, mais les plages de Hoshizuna sont restées dans son coeur comme le meilleur souvenir balnéaire de sa vie. Le paysage tropical, l’air chaud, l’eau limpide remplie d’une vie aquatique aussi riche que colorée, et le sable de la plage qui en faisait la célébrité. Masashi lui avait expliqué que Hoshizuna en Japonais se traduit par sable-étoile parce que chaque grain de la plage est en fait un exosquelette de protistes, minuscules créatures marines appelés Baclogypsina sphaerulata qui en mourant laissent derrière elles un squelette en forme d’étoile à 5 ou 6 branches. L’anecdote avait rappelé à Alice le plaisir de l’entendre raconter en détails le cycle de vie des protistes et dans la foulée lui décrire tout l’écosystème aquatique qui avait pour son amant biologiste un attrait bien éloigné de la fascination esthétique de sa compagne physicienne.

Alice expire maintenant, essayant de garder à distance les souvenirs plus douloureux qui suivent ce dernier répit avant la fin de sa dernière vraie relation. La gorge douloureuse, elle referme les yeux et repars en pensée dans son souvenir de la plage. Elle se souvient des centaines de petits bernard-l’hermites grouillant sur la berge, du sable étoilé sous ses doigts, et du soleil intense sur sa peau chaude, brune et salée. La scène est claire dans son esprit maintenant. Plongé dans ses pensées, elle n’écoute plus les conseils mous du guide qui continue imperturbablement sa litanie, ignorant tout de la distraction de son élève, ou de son existence même. Alice, elle, s’imagine être de retour sur cette plage idyllique à l’autre bout du monde, loin de sa dépression, loin de sa thèse, loin de sa morne vie parisienne. Elle a toujours été une « rêveuse », toujours eu la tête dans la lune. Dans ses recherches aussi elle utilise beaucoup l’imagination. Einstein disait: L’imagination est plus importante que la connaissance car la connaissance est limitée tandis que l’imagination englobe le monde entier. Assise nue, en tailleur sur la couverture de son lit, elle imagine cette plage de rêve avec la passion fiévreuse qui vient à toute personne essayant de fuir une réalité douloureuse.

Alice entends maintenant la mer, le clapotis des vagues. Elle sent le vent dans ses cheveux frisés et encore humide. Elle se surprend d’imaginer jusqu’à l’impertinence du sable se collant sous ses fesses nues. Des cris d’enfants japonais lui parviennent maintenant et un petit rictus de fierté pour le brio déchaîné de son imaginaire tordu, embelli son visage. Tout y est, le soleil, les touristes, les petites vagues, le vent chargé de l’odeur de la mer, sa création est si parfaite qu’elle a presque envie d’ouvrir les yeux. Mais toute chose à une fin, et elle se souvient brusquement qu’elle n’avait que quelques dizaines de minutes de libre avant son premier cours. Trois respiration plus tard, elle imagine à nouveau sa chambre et son rêve passager n’est plus qu’un souvenir. Elle ouvre les yeux, assise sur le bord de son lit là où elle lit souvent avant de s’endormir. Elle aurait sûrement été surprise de ne pas se souvenir d’avoir bougé pendant sa méditation si à ce moment là un fracas ne l’avait pas fait sursauter violemment.

Sur le rebord de la fenêtre un pigeon titube comme ivre de la violence de son choc contre la vitre fermée. Alice le regarde un instant abasourdie puis éclate de rire. « Eh ben choupi, t’es un peu plus con que la moyenne toi, non ? » Le pigeon instable qui menace de tomber à la renverse ne semble pas se formaliser de l’insulte et s’affale sur la vitre. « Il faudra que tu fasse avec ça, je dois filer. » Quelques longues minutes plus tard, le pigeon ayant bu à la coupette déposé sur le rebord de la fenêtre et picoré quelques flocons d’avoine versé à côté, jette un regard curieux au nid de son sauveur. La chambre est vide de son occupant, l’ordinateur a disparu et les affaires sur le sol semble s’être multipliées. Au milieu du lit bien fait, seul endroit que le chaos général n’a pas atteint, sur une flaque de sable étoilé, un petit crustacé désorienté sors timidement la tête de sa coquille fêlée.

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